Murambi, le livre des ossements. Boubacar Boris Diop

Murambi le livre des ossements

Je suis tombée sur ce livre un peu par hasard. Toujours attirée par les folles couvertures des Editions Zulma, le résumé de celui-ci m’avait intriguée. C’était l’occasion d’explorer le dernier génocide du XXe siècle dont on ne sait finalement que peu de choses, surtout en France (…).

Dans ce roman, nous suivons quatre personnages principaux dans les jours qui précèdent le génocide, pendant le génocide et surtout après, au moment de la reconstruction. Nous observons ainsi Jessica la résistante miraculée, Faustin le milicien Hutu, le vieux et mystérieux Siméon, le terrible docteur Karekezi, le colonel Perrin et Cornelius qui revient au Rwanda qu’il avait quitté bien avant le génocide. Et c’est finalement surtout à travers l’oeil de Cornelius, ni tout à fait Rwandais, ni tout à fait étranger, que nous allons découvrir l’ampleur du massacre, dans lequel les histoires et ressentiments personnels s’entremêlent à l’essai d’extermination totale des Tutsis. Nous remontons en partie aux racines de ces conflits séculaires (vraiment ?), essayant de comprendre pourquoi, comment un tel désastre a pu arriver. Et surtout, nous observons ces survivants essayer de reconstruire leurs vies et leurs pays: oublier, pardonner, juger, comprendre ? Ce sont bien ces questions que soulèvent ces pages.

Globalement, les critiques ont salué le roman de Boubacar Boris Diop. Une écriture simple et sans fard qui relate les événements sans prendre position, tel un journaliste relatant les faits de manière aussi objective que possible.

« Ce roman est un miracle. Murambi, le livre des ossements confirme ma certitude qu’après un génocide, seul l’art peut essayer de redonner du sens. Avec Murambi, Boubacar Boris Diop nous offre un roman puissant, terrible et beau. »
Toni Morrison

« Grâce à son talent de créateur, l’écrivain sénégalais fait pénétrer dans nos consciences les noms et les visages des victimes de la sanglante tragédie rwandaise. Murambi, le livre des ossements permet aussi de mesurer la responsabilité, souvent occultée, des puissances occidentales dans les grandes tragédies africaines. »
Sembène Ousmane

Boubacar Boris Diop

La postface de cette nouvelle édition est aussi particulièrement enrichissante. En effet, cette édition arrive une dizaine d’années après la première publication et Boubacar Boris Diop a tenu à apporter des précisions. On en apprend notamment un peu plus sur le rôle de la France, de ses militaires et de ses élites politiques, et ce n’est pas joli.

Quelques citations issues du roman :

« Après la victoire, la question sera forcément posée: que vaut un pardon sans justice ? Les organisateurs du génocide en savent trop. Ils sont en train de s’enfuir et leur fuite les met à l’abri d’un procès qui guérirait notre peuple de son traumatisme. » p118

« Tout au plus Siméon lui avait fait sentir ceci: un génocide n’est pas une histoire comme les autres, avec un début et une fin, entre lesquels se déroulent des événements plus ou moins ordinaires. » p190

« L’ouvrage est né du constat que le racisme ordinaire, ferment de la politique coloniale de la France, reste, un demi-siècle après les « Indépendances », au coeur de sa politique africaine. La situation est sans doute même plus grave qu’on ne le pense, car les exemples de Madagascar, du pays bamiléké ou de l’Algérie montrent bien que la France a commis plus de massacres pour ne pas quitter l’Afrique que pour la conquérir. Et au temps de la guerre froide, chaque fois qu’elle a pu décoloniser sans accorder la paix, elle l’a fait, notamment en plaçant ses laquais à la tête des nouveaux Etats et en les y amenant à chaque soulèvement populaire, par une intervention armée. Le plus surprenant, c’est que de tels agissements ne l’ont jamais empêchée de se présenter comme la « patrie des droits de l’homme« .  » p213

J’ai réellement aimé ce roman, vrai, précis et sobre. Je me suis sentie immergée au cœur des histoires de ces personnages, comme s’ils avaient été mes voisins, mes amis. Ce roman permet aussi de mieux saisir les rouages ayant permis un tel désastre. Et surtout, il donne envie d’aller fouiller plus loin. Pour cela, voici les pistes que j’ai retenues :
– le site du mémorial de la Shoah qui a créé une exposition sur le génocide des Tutsis en 2014 : http://bit.ly/1cYis6n.
– Assumpta Mugiraneza, Georges Benssoussan, Yves Ternon (dir.), Rwanda, quinze ans après. Penser et écrire l’histoire du génocide des Tutsi
– Charles Mironko, Ibitero : Means and Motive in the Rwandan Genocide
– Linda Melvern, Complicités de génocide : comment le monde a trahi le Rwanda
– Jean-Pierre Chrétien, L’Afrique des Grands Lacs. Deux mille ans d’histoire
Rwanda, du chaos au miracle, un documentaire de Sonia Rolland: http://bit.ly/1uFvJ5g

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A noter : en mars 2015, l’Elysée a déclassifié les documents allant de 1990 à 1995 et portant sur le génocide rwandais. Un pas vers la reconnaissance officielle du rôle trouble de la France ?

Murambi, le livre des ossements. Boubacar Boris Diop. Editions Zulma (2014).

Et vous, que savez-vous de ce pan de l’histoire ?
Avez-vous lu ce livre ? Qu’en avez-vous pensé ? 

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